Les théories du complot ne se sont jamais aussi bien portées. En avril, Microsoft a du retirer sa vidéo de promotion “HoloLens 2” où apparaissait l’artiste Marina Abramović. La raison ? Pour les extrémistes de droite, elle ferait partie d’un groupe “sataniste” aux multiples ramifications…

Autre exemple ? Depuis les débuts de la pandémie Bill Gates est au centre des théories du complot les plus multiples. Ainsi il serait pour certains, à l’origine du Covid19 à des fins forcément pécuniaires mais aussi de domination et de contrôle des populations. Les scénarios les plus fous où se mêlent vaccins, traceurs & 5G font le tour des réseaux sociaux depuis quelques semaines.

Autre théorie, autre contexte. Depuis octobre 2017, la théorie QAnon se répand aux Etats-Unis. QAnon est fondée sur des déclarations cryptiques faites en ligne par un certain Q, lettre désignant toute personne habilitée au secret défense aux États-Unis. L’identité et le statut réels de Q, supposé fonctionnaire — ou groupe de fonctionnaires — haut-placés, ne sont pas démontrés, mais font l’objet de spéculations chez ceux qui veulent croire à son autorité. La théorie ? : il existerait une conspiration secrète d’un « État profond » contre Trump et ses partisans…

Pourquoi ce besoin d’inventer des théories ? Comme la nature, l’Homme a horreur du vide. Mieux, il a horreur de ne pas avoir un récit à se raconter expliquant l’état du monde. Dans “L’Empire des croyances” Gérald Bronner notait : “dès que la nécessité du savoir se conjugue avec une carence en information, la probabilité d’apparition d’un objet sémantique relevant du croire n’est pas négligeable.”

Dans notre monde où la réalité est de moins en moins tangible et où la compréhension des événements et des liens de causalité qui les régissent est de plus en plus complexe, l’Homme, cet animal de l’information, a de plus en plus besoin “de connaître l’information à laquelle il n’a pas accès ou de se forger une représentation de celle qui lui est inaccessible” (Pascal Boyer).

Il est donc primordial – à l’heure des bulles de connaissance et afin de préserver la cohésion du groupe – de détruire les mécanismes de ces théories du complot qui se propagent, ère numérique oblige, à des vitesses folles. Le problème ? Les “contre-narrations” apportées pour les détruire n’ont pas les charmes de ces récits globaux…