Que devient la confiance lorsque nous ne savons plus qui nous parle, quels savoirs soutiennent une décision, ni qui peut en répondre ?

Dans « La nouvelle ère du soupçon », Anne-Sophie Moreau mène une enquête philosophique sur ce que l’IA transforme dans nos relations de travail : le crédit accordé à une parole, la responsabilité attachée à une signature, la valeur de la présence à autrui.

La référence à Georg Simmel est particulièrement éclairante : faire confiance, c’est en savoir assez sur l’autre pour agir sans avoir de certitude sur sa conduite. Mais sur quoi repose cette confiance lorsque nous ne savons plus ce qui relève de ses compétences individuelles ou de l’IA ?

Cette question prend une autre dimension à l’échelle de l’entreprise. Dans l’article, Anne-Sophie Moreau reprend la figure de l’entreprise « zombie » que j’évoque dans Entreprises au bord de l’amnésie : une organisation qui continue de fonctionner, mais dont les savoirs se sont dissous. À force de privilégier la performance immédiate, elle néglige la formation et la transmission, jusqu’à perdre la maîtrise des savoir-faire qui ont construit sa réputation.

Le problème devient alors celui de la confiance : que vaut la signature d’une entreprise si elle ne maîtrise plus ce qu’elle produit ? Car derrière son nom, ses clients attendent un savoir-faire, un jugement et une capacité à agir en responsabilité.

Merci à Anne-Sophie Moreau pour cette mise en perspective philosophique et pour la place accordée à mon travail.

« La nouvelle ère du soupçon », à lire dans le numéro « Que fait l’IA au travail ? » de Philonomist