La “déplateformisation” de Trump et les bannissements de milliers de comptes affiliés à des groupes d’extrême droite ainsi que le refus d’AWS d’héberger le réseau social “Parler” – réseau préféré des QAnon permet aussi de poser concrètement les questions que nous ne pouvons plus éviter. Au-delà de l’opportunisme de ces décisions (qui cependant peut-être un bon curseur sur la nature de celles-ci), la force du signal (des groupes privés peuvent faire taire non seulement les quidams qui publient un téton mais aussi l’homme le plus puissant de la planète) nous obligent à chercher des solutions. Privatisation de la justice et de la censure, atteinte à la démocratie, utilisation du signalement comme de la vertu, manipulation des débats, gestion algorithmique des idées et donc de leur “pertinence”, nature de la liberté d’expression, opérations de manipulations, choix de réponses du régulateur… autant de termes du débat que nous devons étudier.

Voici quelques articles ou émissions qui nourrissent la réflexion autour du pouvoir des médias-sociaux (et des sociétés founissant les infrastructures d’internet) et de ce qu’ils sont (et ne sont pas et donc les limites de leurs responsabilités).

En français :

Donald Trump, l’homme qui a court-circuité la démocratie grâce aux réseaux sociaux, se voit aujourd’hui banni de Facebook et Twitter, Snapchat et les autres. Que reste-t-il de la souveraineté de l’Etat à l’heure du néo-capitalisme numérique ? Avec Bernard Benhamou, Asma Mhalla, Tariq Krim https://www.franceculture.fr/emissions/signes-des-temps/trump-et-les-reseaux-sociaux-pouvoir-et-technologie-au-xxie-siecle

Les réseaux sociaux ne sont-ils qu’un condensé de haine ? Les Gafam ont-ils eu raison de bannir Trump de leurs plateformes, et doit-on se méfier de la censure croissante de contenus jugés offensants par des entreprises privées ? avec Anaïs Jeanneret, Antonio Casilli, Fabrice Epelboin et Anaïs Moreau. https://www.philonomist.com/fr/article/les-reseaux-sociaux-sont-ils-les-nouveaux-tribunaux-populaires?

Alors que la loi Avia a été censurée par le Conseil constitutionnel, le gouvernement français est passé par la Commission européenne pour faire adopter au niveau européen ce que la Constitution l’empêchait d’adopter en France. https://www.laquadrature.net/2020/09/22/aviasback/

L’émission Le dessous des cartes : la suspension des comptes de Donald Trump sur les réseaux sociaux. En conséquence, faut-il s’attendre à voir émerger d’autres réseaux pour chaque mouvance politique ? La modération du contenu numérique doit-elle être prise en charge par les Etats eux-mêmes ? Comment dès lors garantir la liberté d’expression ? Quelle est la situation en Chine ? Les géants du numérique ont-ils pris le pouvoir? https://www.youtube.com/watch?v=7JolqqgCEAY

En anglais :

Lila MacLellan fait valoir que les mesures prises ce mois-ci par AWS et d’autres contrôleurs Internet suggèrent que leur neutralité est une fausse notion, et que nous avons besoin de toute urgence de meilleures règles sur «comment et quand il est approprié pour les entreprises privées d’utiliser leur pouvoir pour contrôler le flux d’informations et idées. » —https://qz.com/work/1956070/?

L’épisode de The Intelligence consacré au sujet : https://www.economist.com/podcasts/2021/01/12/the-idea-that-tech-bosses-decide-the-public-sphere-in-the-us-is-very-dangerous-techs-trump-bans

La décision des plateformes – qui supprime le symptome et non la cause – est elle une fausse bonne idée ? Un épisode de The Daily https://www.nytimes.com/2021/01/13/podcasts/the-daily/capitol-attack-social-media-parler-twitter-facebook.html

L’extrémisme de Trump a obligé les entreprises technologiques à abandonner – au moins temporairement – la prétention d’objectivité politique derrière lesquelles elles se sont réfugiées pendant de nombreuses années : https://onezero.medium.com/the-end-of-social-medias-view-from-nowhere-690103988828

La décision de AWS l’a montré, la question ne se limite pas aux médias sociaux. En étudiant un précédent (la décision de Cloudflare concernant 8chan), est mis en lumière une interrogation fondamentale concernant les sociétés d’infrastructure Internet : quel est le processus politique derrière leurs décisions de modération de contenu ? https://www.brookings.edu/techstream/how-hate-speech-reveals-the-invisible-politics-of-internet-infrastructure/

Ces questions secouent la planète, quelque soit le degré de maturité (ou de réalité) de la démocratie. On a souvenir de l’Inde il y a quelques mois, dernièrement c’est la décision de l’Uganda Communications Commission (UCC) qui, à la veille des élections, a bloqué l’accès d’abord aux médias sociaux puis à internet qui témoigne du pouvoir de ces plateformes dans les jeux politiques (en l’occurence une autocratie déguisée en démocratie) : le 12 janvier, le président Yoweri Museveni a défendu le blocage des médias sociaux en réponse à la suppression par le géant américain de la technologie Facebook de comptes pro-régime engagés dans des manipulations publiques. Quelques semaines plus tôt, le régulateur gouvernemental avait demandé à YouTube de supprimer les chaînes vidéo anti-Museveni https://www.bbc.com/news/world-africa-55705404

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Evidemment le caractère privé de toutes ces entreprises est au coeur du sujet : car avant la cohésion sociale l’objectif de ces entreprises est de contenter des actionnaires (qui d’ailleurs sont parfois fort satisfaits du pouvoir déstabilisateur de ces plateformes).

Se posent alors des questions pour trouver des solutions : https://www.theguardian.com/media/2021/jan/16/how-to-fix-social-media-trump-ban-free-speech

Ou devraient-elles être soumises aux mêmes règles strictes que les acteurs publics (comme on l’a fait pour la radio en lors de son apparition) comme le proposait Karim Benyekhlef ?https://www.linkedin.com/posts/rachelnullans_territoire-souverainetaez-activity-6746718234210316289-5MTj

Ou encore s’inspirer des espaces publics physiques ? Ces espaces qui existent en parallèle de nombreux espaces privés et qui fonctionnent très bien ensemble : cette étude portée par Civic Signals d’Eli Pariser et Talia Stroud est expliquée par Casey Newton https://www.platformer.news/p/what-social-networks-could-learn

Même les patrons de ces plateformes commencent à penser un futur différent…

https://techcrunch.com/2021/01/15/twitters-vision-of-decentralization-could-also-be-the-far-rights-internet-endgame/?guccounter=1